Ces mots de Daniel Galarneau[1], accompagné du magnifique dessin qui ouvre ce texte, ont été doucement déposés sur Facebook pendant l’exploration de ce thème.
J’ai mis plusieurs jours à me demander ce qu’on pourrait bien y ajouter, tant il me semble qu’ils disent tout. Ils résument l’essentiel de l’exploration, mais aussi tout ce dont j’aimerais me souvenir lorsque l’enfant se sentira seule, prisonnière de tourments dont elle connaît toujours un peu mieux la source, sans pour autant les contrôler, ni encore moins les maîtriser.
D’autres mots ont percuté mon cœur en cours d’exploration. Ceux de Lise Garceau et de François Côté dans les deux webinaires L'enfant intérieur et L'enfant intérieur-la suite, ceux des nombreux membres qui ont partagé leurs histoires tout au long de ces trois mois d’exploration, ceux enfin d’un texte de François, écrit en 2005, déposé tout aussi doucement dans ma boîte aux lettres que le message de Daniel sur Facebook. Avec humilité et générosité. Pour le simple plaisir du partage.
Le texte de François, Le secret du petit soudeur, porte sur son parcours d’enfant aveugle. Bien que cette enfance soit unique et lui appartienne, bien que je ne sois pas aveugle, son propos rejoint une part d’universel.
Très souvent, à la lecture, j’aurais simplement pu remplacer «enfant aveugle» par «enfant intérieur» tant le texte de François exprime avec justesse la fragilité, la vulnérabilité, mais aussi toute la joie et tous les cadeaux que porte cet enfant. Je vous invite à faire de même.
Voici donc, en alternance et en résonance, les mots de Daniel (en gras), suivis de ceux de François (entourés de "guillemets") et de mes commentaires (en italique). Texte en trio. Je les remercie tous les deux d’avoir accepté que j’emprunte ainsi leurs mots.
En chacun de nous vit un enfant, porteur de joies éclatantes et de blessures murmurées...
«Nous nous approcherons vous et moi de cette trame de fond commune à tous les êtres humains, qu’incarne de manière si palpable l’enfant aveugle. Il s’agit de cette vulnérabilité inhérente à notre nature, intégrité fragile d’un cœur sensible, d’un corps mortel et d’une psyché si perméable tout autant aux vents favorables que contraires»
Déjà nos deux amis nous invitent à accueillir cet enfant dans toute sa beauté, sa fragilité, sa vulnérabilité. Cet enfant porteur de joies et de blessures, toujours là, vivant. Cet enfant qui a fait l’adulte que nous sommes aujourd’hui. L’enfant blessé et l’enfant lumineux.
Vivre c’est suivre les traces de l’enfant qu’on a été écrit la poète Hélène Dorion (Pas même le bruit d'un fleuve, p.11).
Il attend d’être accueilli avec tendresse...
Pourquoi est-ce si difficile ?
«L’enfant aveugle (intérieur) incarne pour la personne voyante (adulte) l’impuissance, la faiblesse, l’angoisse même, au point où parfois on préfère ne pas voir celui qui ne voit pas. Il confronte ouvertement celui en soi qui ferme les yeux pour ne pas voir sa propre vulnérabilité. La reconnaissance de celle-ci me semble pourtant être à la base même de notre capacité d’intimité avec soi-même, avec l’autre, voire avec la vie en général»
Pourquoi, à la Maison des leaders, avons-nous décidé d’aller à sa rencontre? Pourquoi l’accueillir? Et avec tendresse en plus?
Plusieurs raisons ont été évoquées. En voici deux. Lorsque nous vivons de grandes émotions, des conflits ou des évènements qui nous perturbent et que le « présent », l’adulte, n’arrive pas à les résoudre ni même simplement à les comprendre, il y a de fortes chances que ce soit parce que c’est l’enfant blessé qui est réactivé. Il importe donc d’aller à sa rencontre pour comprendre, désamorcer, apaiser et, ultimement, réconcilier cette part souffrante qui ressurgit.
Une deuxième raison, plus profonde encore, nous a été partagée par Lise et François. Ce passé qui nous a construits est un peu comme le fondement de notre maison. Ne pas le fréquenter serait comme se tenir toujours à l’étage de notre maison et ne jamais visiter le sous-sol. De faire surtout comme s’il n’existait pas. C’est aussi, nous disent-ils, une voie essentielle et incontournable dans le chemin du développement personnel et spirituel.
Offrons-lui ce regard bienveillant, il danse dans la lumière et trouve la paix dans l’ombre.
«À cinq ans, j’avais connu de multiples expériences du très plein et du très vide. La vie m’avait à la fois invité à explorer le monde extérieur et confronté à côtoyer l’espace solitaire de l’intériorité».
François ouvre ici la voie à l’une des grandes prises de conscience de cette exploration qui est celle de la coexistence et de la cohabitation des blessures et des joies de l’enfance. Plus encore, c’est très souvent cet enfant blessé et vulnérable qui nous amène à développer la lumière (les élans, les talents) que nous portons. Dans son histoire, François a été appelé à côtoyer son intériorité, à en faire un refuge et un jardin très certainement, à s’appuyer sur cet « espace en soi indestructible ».
Cette conscience porte en elle-même une deuxième idée, celle de la possible et nécessaire réconciliation de ces parts de nous qui, ensemble, articulées l’une à l’autre, font la richesse de la vie. Les blessures et les joies de l’enfance ont fait et font toujours l’adulte que nous sommes. Offrons-leur à tous les deux un regard bienveillant...
Et si nous écoutons bien, nous entendons aussi, en chaque être croisé, le doux écho d’un enfant qui cherche à être compris. Marchons alors avec douceur, car nous avançons toujours parmi des cœurs d’enfants.
«Il me revient en conclusion une scène du film qui nous situe dans la cour du pensionnat pour enfants aveugles. Mohammad, environ huit ans, est seul. Il attend désespérément son père qui ne vient pas. Tous ses camarades ont quitté pour les vacances d’été. Nous assistons au crescendo émotionnel de son désespoir, minute par minute. Mais voilà qu’au cœur de son tourment, il entend un oiselet dans l’herbe qui crie sa vulnérabilité : il est tombé prématurément du nid. En un instant la vie de l’enfant s’éclaire, il n’est plus celui qui attend dans l’angoisse. Il devient celui qui vient en aide, se servant des piaillements des autres oiselets dans le nid pour y ramener le petit malheureux à plumes. Cette scène est ma préférée pour sa profondeur. Au moment même où les larmes nous gagnent devant cet enfant aveugle qui attend un père manifestement immature, Mohammad découvre plus démuni que lui-même. Le temps du sauvetage ainsi que tout le reste de son attente, il goûte au bonheur de chérir l’autre, celui qui en a besoin.
S’il nous était possible de retrouver cette pureté de l’enfant dans les moments les plus difficiles de notre existence, nous pourrions tout comme lui retrouver le chemin du Bonheur en allant simplement vers l’autre qui nous attend désespérément. Ainsi, au cœur même de notre vulnérabilité se trouve l’Autre. Il me semble que c’est de cet élan vital que notre humanité a tant besoin»
Ainsi, au cœur même de notre vulnérabilité se trouve l’autre... En chaque être croisé se trouve l’écho d’un enfant qui cherche à être compris, nous dit Daniel.
Voilà une autre raison pour laquelle il est si important d’aller à la rencontre de cet enfant (blessé et lumière), de l’honorer, le chérir, le protéger, le rassurer, l’encourager...
Non seulement on lui doit beaucoup, mais ô merveille, on a tant encore à découvrir...
À bientôt!
[1] Daniel est membre de la Maison depuis de nombreuses années. Vous pouvez retrouver ses œuvres sur son site www.semeurdedouceurs.com