Porte 1La patience
La patience est « la confiance dans l’instant qui suit et l’action dans la douceur » nous disait un jeune adolescent burkinabé lors d’un séjour au Burkina Faso.
Cette patience dans la confiance pourrait s’appeler aussi « une patience enthousiaste », comme aime la nommer maître Mila ou « une patience joyeuse ». Une patience annonciatrice de quelque chose. On demeure présent, aux aguets de ce qui se présentera, sans trop savoir quoi, ni quand.
Entrer en solitude nous demandera de la patience, car c’est entrer dans l’inconnu sans itinéraire. Attendre la rencontre. Cette vertu nous sera utile pour traverser les périodes d’inconfort engendré par la solitude, par la peur de l’isolement, la peur du vide. Mais cette patience pourra aussi faire jaillir en nous une joie, celle d’enfin découvrir un plein, un débordement comme le nomme le père Yves Girard. On reviendra alors vers l’autre, on plongera dans l’action à partir d’un espace de plénitude, de contentement, plutôt qu'un espace de vide, de manque.
On est si pressés!
Porte 2Le détachement
« Mes attachements me gardent loin de chez moi. »
On ne peut pas forcer le détachement mais on peut se disposer à le laisser se faire. La patience que nous aurons gagnée, cette patience joyeuse, nous permettra de laisser se dénouer les nœuds dans les fils qui nous accrochent à l’extérieur de nous-même. Ces noeuds, comme le regard de l’autre, notre besoin de contrôler et de nous battre, nos croyances et nos certitudes, notre attachement au petit personnage qu’on a construit et à ceux qui nous entourent, notre attachement à nos souffrances et à notre histoire, notre addiction à l’action, etc. Tant de chaînes qui nous retiennent en dehors de nous-même et embrouillent nos relations avec les autres.
Et si le détachement était une clé essentielle dans notre développement pour marcher vers la liberté? En nous détachant des autres, peut-être libérerons-nous aussi les autres de nous-même. J’aime tant la définition de l’amour de Thich Nhat Hanh: « Aimer, c’est être avec l’autre de telle sorte qu’il se sente totalement libre ». Alors on tentera de revenir vers l’autre dénudé.e d’attentes.
Porte 3L’acte créateur
Après un an et demi à marcher sur ce chemin amoureux de la solitude, à brasser la terre et à arroser cet espace, nous commencerons à récolter ses fruits. Nous découvrirons probablement que la solitude est un terreau fertile pour inventer, pour créer, pour bâtir, à partir d’un autre lieu en nous-même. Nous serons, je l'espère, davantage connectés à notre élan vital, notre élan créateur qui lui est tissé avec tout ce qui existe. La vie cherche à se déployer, à se manifester concrètement à travers toute la création. On en fait partie. C’est de cet espace qu’un nouveau monde a déjà commencé à apparaître.
Alors on créera du neuf! Nous serons alors « des artistes de la vie et des artisans de la beauté du monde » Ce que souhaitait tant notre ami Jean Proulx.
Porte 4La communion
On intuitionne que le deuxième fruit récolté sera une expérience de la communion. Une forme de présence dans l’absence. On y goûte déjà à la Maison!
Nous avons choisi d’apprivoiser la solitude et d’y entrer, entre autres, pour nous relier autrement aux autres. Le phénomène de la communion nous permet de nous sentir, en tout temps et en tout lieu, connecté.e.s à ceux que nous aimons, à ceux qui nous ont quittés, à ceux qui s’en viennent, à tous les éléments… même au mystère. Et si c’était l’antidote à l’isolement?
Le mot communion a les mêmes racines que le mot communauté. On reviendra ainsi à la communauté, après deux ans de solitude, en réalisant que sur ce chemin, on s'est senti.e soutenu.e par le groupe.
Alors on découvrira qu’on est à la fois seul.e et jamais seul.e, qu’on est solidaire et unique, différent.e et interdépendant.e.