Il serait impossible de résumer tout ce que nous avons rencontré, réfléchi et expérimenté pendant ces 3 mois et plus d’explorations sur le thème de la vérité. Je dis 3 mois pour marquer d’une date officielle ce moment où, collectivement, les quelque 400 membres de la Maison se rassemblent pour plonger allégrement dans un thème.

Retour sur ces 3 mois.

Le premier dialogue sur la vérité a eu lieu le 22 septembre 2024, avec notre ami le philosophe Alexandre Jollien. Il a été vu par 400 personnes. Dans les semaines qui ont suivi, 14 groupes[1] ont ensuite exploré ce thème en prenant le «sous-marin de l’âme», à l’écoute de la vérité, ouvrant bien grand les yeux, les fermant parfois, un œil vers l’intérieur et un autre vers l’extérieur comme nous l’a enseigné Alexandre le philosophe (un être d’exception qui ne cesse d’explorer sa vie intime à la lumière des enseignements de la philosophie dont le but ultime, rappelons-le, est justement de nous aider à «conduire notre vie» dans la sagesse).

Un peu étourdis par ces explorations, marquées également par un texte coup de poing de Jeff Foster (à lire et relire pour apprivoiser l’ombre) et une chanson de Mathilde J'veux plus mentir, nous nous sommes retrouvés à Québec et à Montréal lors des rencontres régionales. Ces rencontres ont été capitales, car elles nous ont permis d’explorer l’ombre et la lumière, nous rappelant que la vie – et la vérité – peuvent aussi être douces et légères.

Accompagnés de façon tendre et brillante par François Côté et Hubert Makwanda, nous avons été plus de 300 à explorer «comment être en confiance dans l’ombre et la lumière».

Même si on se répète qu’il faut «accueillir ce qui est», il reste en effet bien difficile d’accueillir les moments sombres de notre existence ou les parts sombres de notre être.

On veut bien faire, être de meilleurs humains, de meilleurs leaders. Cette quête est belle, noble et fabuleuse, mais il est facile de tomber dans le piège de la performance et de verser dans ce que François et Hubert ont appelé un positivisme toxique. Cette obsession du «mieux-être» est l’une des dérives possibles de la croissance personnelle.

Le positivisme peut aussi agir comme un voile devant la vérité. On veut tellement aller bien, être bien, faire tout bien. Comme le rappelait François, il enfouit alors notre petitesse et nos faiblesses très loin, nous privant ainsi de la maturité favorisée par les deuils, la tristesse, les doutes, l’insécurité humaine essentielle à notre protection. Le développement de la compassion devient ainsi difficile, le piège du bonheur s’installe, induisant un mal-être si nous ne l’atteignions pas (dixit François).

Ce positivisme toxique contient aussi la croyance que tout dépend de notre état d’esprit, que ce qui nous arrive dépend de nous et seulement nous. Deuxième dérive possible de la croissance personnelle, nous isoler et nous séparer du monde qui nous entoure et auquel nous sommes intimement liés.

Faisant un pied de nez à ce «positivisme à tout prix», nous avons donc doucement, mais fermement, laissé entrer l’ombre et la lumière et, du même coup, ouvert la porte à des vérités qui cherchent peut-être depuis longtemps leur chemin vers notre conscience.

Encore un peu étourdis... mais toujours en marche, nous nous sommes arrêtés un moment pour nous poser la question suivante : quel chemin s’est frayé la vérité dans nos vies depuis le début de notre exploration ? Un chemin joyeux? Vertigineux? Où en sommes-nous, dans nos vies et dans nos organisations?

Un second dialogue a donc été ouvert avec Rémi le 22 novembre. Vus par plus de 350 personnes, les 14 groupes ont ensuite courageusement poursuivi l’exploration et ouvert un deuxième échange à partir de ces questions.... Heureusement que le thème de l’audace avait été visité l’an dernier!

Voici quelques perles tirées de toutes ces explorations :

C’est quoi être vrai?

«L’humilité, c’est avant tout être vrai. Mais attention, être vrai, ce n’est pas vider ses poubelles. Être vrai ce n’est pas chercher à être vrai. C’est simplement ne pas en rajouter. De même que le miroir ne rajoute rien à la réalité, et ne lui enlève rien non plus (Petit Traité de l’abandon, p.84).»

Comment être vrai ?

«C’est en pratiquant la vertu que l’on acquiert la vertu». (Aristote – 300 av. J.-C.). C’est en faisant de petits actes de confiance qu’on devient confiant... C’est en faisant chaque jour un peu plus confiance à la vie que peu à peu la confiance se découvre. Il ne s’agit pas d’importer la confiance, mais de voir qu’elle est déjà en nous (ibid. p.59)

On peut dire la même chose de la vérité... Elle est déjà en nous. Elle n’est pas à construire ni à atteindre comme on atteint une cible de façon précise et définitive. Elle est à dévoiler.

Citant Saint-Augustin (350 apr. J.-C.) : «Ne fuis pas, rentre en toi-même, c’est dans le cœur de l’homme qu’habite la vérité...» Et chaque fois que je dois prendre une grande décision, j’essaie de suivre Saint-Augustin et peut-être prendre le sous-marin de l’âme pour descendre au plus profond de moi, pour y entendre silencieusement un conseil, une voix discrète dans le tumulte de mes caprices, qui m’indique non pas un chemin à suivre, mais une direction, qui me suggère le pas à faire. (ibid p.66)

Pourquoi être vrai ?

Par respect, par amour, pour vivre en confiance, en sécurité. Parce que nos collègues, nos patrons, nos amours veulent aussi, comme nous, vivre en confiance, en sécurité et en joie partagée!

Quelques défis :

Un de nos défis, à la Maison des leaders, est d’explorer avec sérieux, sans trop se prendre au sérieux et sans ériger nos multiples croyances en vérités exclusives ou trop solides (pour rester dans le thème). On se disait à la blague lors du 2e webinaire que certaines de nos croyances étaient si fortes, si ancrées dans l’histoire de la Maison et dans les fondements de nos parcours, qu’on pourrait dire qu’elles agissent comme des vérités. La vigilance s’impose alors pour ne pas s’enfermer dans une pensée unique.

Reconnaître que la vérité est subjective, construite, que c’est un chemin bien plus qu’une cible ne signifie pas qu’il faille y renoncer et que toutes les opinions se valent. Comme humain et comme leaders, il n’y a pas une journée qui passe sans qu’on doive prendre le «sous-marin de l’âme» pour discerner le «vrai du faux» et agir selon ce qui nous semble juste.

C’est ici que le discernement et l’humilité deviennent des qualités complémentaires, essentielles. La première nous permet de prendre des décisions et d'agir de façon éclairée, la deuxième, l’humilité, nous permet de reconnaître nos croyances et nos opinions pour ce qu’elles sont, des croyances justement ou encore des vérités bien relatives.

Un autre défi, bien nommé par Alexandre, est celui qui nous relie à l’autre. On a, nous dit-il, deux yeux qui sont comme deux boussoles : l’une tournée vers l’autre, l’autre vers soi. Il y a donc ma vérité qui rencontre celle de l’autre et entre les deux il y a tantôt un petit ruisseau à franchir, tantôt une mer houleuse à traverser. Dans notre société d’opinions et d’émotions, alors que la question de «vérités communes et universelles» ne semble plus intéresser personne, le dialogue et la curiosité bienveillante à l’égard d’autrui sont deux autres qualités que l’on ne cesse de rappeler et de cultiver à la Maison.

Comment conclure cette exploration? Ne pas le faire justement. Comme toutes les portes d’accès que nous ouvrons, elles ne se referment jamais vraiment. Chaque chemin en rejoint un autre, et un autre, et un autre.... La vérité, plus que toute autre, aura laissé ses traces. Au début du processus, prenant conscience un peu naïvement de l’ampleur du thème, je disais qu’on n’en sortirait pas indemne... Où en sommes-nous quatre mois plus tard ? Quelques fêlures, plusieurs cadeaux, des rencontres, des savoirs nouveaux, des questions en suspens et peut-être surtout la reconnaissance d’avoir eu le courage de cette exploration, en soi et en groupe... On a été plus de 400 à être présents pendant 3 mois, prenant des risques et plongeant avec confiance dans ce thème difficile.

Nul doute que nous n’en sommes pas sortis indemnes et c’est vraiment tant mieux!

Nos milieux de vie, famille, amis et organisations peuvent en témoigner.



[1] 14 groupes regroupant autour de 170 personnes. Huit groupes de Co-développement, deux de Co-développement virtuel, deux de Leaders en Marche et deux de Ê.T.R.E.S.